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La ligne claire : troisième partie du projet présenté par Gérard Collomb

Diversifier les différentes formes de l’entreprise

Il n’existe pas qu’une seule forme d’entreprise. Les socialistes se doivent d’en populariser tous les types et en particulier de porter une attention plus grande au développement de l’économie sociale et solidaire dont certaines réalisations ont fait leur preuve (dans la banque et l’assurance) et dont le champ mériterait d’être élargi. Là aussi des liens sont possibles avec les homologues de ces structures en Europe et même aux Etats-Unis. Ces réalisations sont peu médiatisées. A nous de les populariser et de les développer dans un projet économique tenant compte du capital humain, loin des excès du tout financier. Il y a là matière à un projet de société différent.
Enfin, la France a été capable, dans le passé, d’impulser de grands projets, il faut y revenir. Les sujets ne manquent pas qui peuvent tourner autour de l’environnement, de l’eau, de l’agriculture, des transports de demain. Des appels à propositions devraient être lancés au niveau national puis européen.


Une Europe qui sache redonner un sens à son action

Nous sommes des européens convaincus, mais force est de reconnaître que l’idée européenne est aujourd’hui en panne. C’est peut-être qu’elle apparait aujourd’hui manquer de sens. L’Europe s’était jusqu’alors construite sur des visions fortes que tous les européens pouvaient s’approprier.
Lorsque les pères fondateurs ont pensé l’Europe c’était d’abord pour promouvoir la paix. Ils fondaient leur politique sur le partage de ce qui faisait alors la puissance (le charbon et l’acier), puis ils décidèrent ensuite de consolider ce processus de paix par la construction d’une base économique commune.
Lors des politiques d’élargissement, l’avancée de l’Europe avait encore du sens. Il s’agissait que les pays sortant de la chape de plomb du « socialisme réel » puissent intégrer un espace de liberté et de prospérité.
Depuis quelques années les politiques développées ont moins de visibilité. On comprend bien le but ultime des traités : promouvoir une Europe politique qui se doterait d’une présidence pour assurer une certaine stabilité et une continuité dans les actions entreprises, permettre à l’Europe d’avoir une personnalité qui puisse parler en son nom dans les problèmes de politiques étrangères.
Mais la question qui se pose est de savoir quels objectifs elle viserait au travers de cette gouvernance nouvelle. Le problème posé à l’Europe aujourd’hui est donc moins le comment faire mais le quoi faire. Il est le contenu de ses politiques.
On connaît les préoccupations des européens. Elles sont concrètes. Comment résister à la concurrence des pays à bas salaires, protéger leur niveau de vie, conserver une avance scientifique et technique. Force est de constater que ces interrogations ne sont pas au cœur du débat public européen.
C’est peut être pourquoi s’est développée progressivement une sorte d’indifférence à l’égard de l’Europe. C’est peut être pourquoi aussi, lorsqu’on les interroge sur les traités, les européens votent non. Non par refus de l’Europe mais par refus d’une Europe qui leur semble être devenue abstraite, éloignée des grands problèmes qu’ils se posent.
Le premier problème qui les angoisse est bien évidemment celui de la mondialisation et de l’émergence de nouvelles puissances (Chine, Inde, Brésil) dont ils voient bien qu’elles concurrencent nos productions, qu’elles attirent un certain nombre de nos grandes entreprises qui délocalisent pour bénéficier des bas coûts de la main d’œuvre. Leurs inquiétudes ne peuvent que s’accroître lorsqu’ils constateront que ces pays amorcent leur révolution technologique, attirent de plus en plus, non seulement les entreprises de main d’œuvre mais aussi un certain nombre de centres de recherche et de développement, que la Chine est devenue le premier exportateur de produits TIC, même si ces exportations portent encore sur des produits de gamme courantes (mobiles, lecteurs de CD, télévision) et si la fabrication de ces produits est réalisée à partir de composants importés.
Au total il est vrai qu’un tel mouvement est impressionnant. Un rapport publié par Goldman Sach fin 2003 sur les perspectives d’évolution de ce que les économistes appellent les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ne montre-il pas que dans moins de 40 ans leurs économies cumulées pourraient être plus puissantes que les économies de l’ex G6 (Allemagne, France, Italie, Japon, Royaume-Unis et USA). Pour sa part la Chine pourrait dépasser l’Allemagne d’ici 2060, et deux seuls pays de l’ex G6 (USA et Japon) pourraient demeurer parmi les 6 plus grandes économies mondiales.

Un creusement des inégalités accentué par la croissance de la population mondiale

Cette croissance des pays émergents ne signifie d’ailleurs pas une réduction des inégalités à travers le monde. Car s’il y a rattrapage global, l’accroissement de la richesse reste très mal réparti entre les pays et à l’intérieur même des pays. Selon les termes de la banque mondiale, ce n’est pas la richesse qui se déploie dans le monde en ce début de 21ème siècle mais au contraire la pauvreté.
Alors que la population va croître de 6,5 milliards à 7,6 milliards en 2020, pour atteindre un pic d’un peu plus de 9 milliards en 2050, aujourd’hui déjà 20% de la population mondiale vit avec moins d’un dollar par jour dont 50% de la population de l’Afrique Subsaharienne et 3,5% de l’Europe centrale et orientale (contre 0.8% en 1980), 40% vit avec moins de deux dollars par jour (soit 2,5 milliards d’individus). Les 20% de personnes les plus riches possèdent 74 fois plus que les 20% les plus pauvres.
Ce phénomène est effectivement facteur de déséquilibres, de violences et de guerres, de détestation d’un modèle occidental qui laisse perdurer au niveau mondial de telles inégalités.

Réconcilier dynamique économique et progrès social

Nous voulons en France construire un modèle social gagnant. Nous savons qu’il ne pourra se réaliser qu’à partir d’une base économique renforcée. Mais la différence entre nous et le pouvoir en place, c'est que nous sommes persuadés que notre compétitivité économique ne peut être basée sur un abaissement généralisé des salaires et de la protection sociale. Car, il nous faudrait alors accepter des régressions très fortes si nous voulions retrouver une compétitivité qui ne serait basée que sur les seuls critères salariaux.

Nous pensons, au contraire, qu'il existe un modèle de réussite économique qui permette de porter les valeurs de progrès et de justice sociale, fondement de l’identité socialiste.

A condition d’accepter de changer !

Vouloir sauvegarder notre régime de protection sociale ne saurait se confondre avec un immobilisme qui dégraderait dangereusement nos comptes sans pour autant résoudre le problème des inégalités. Cela doit au contraire nous amener à inventer des solutions à partir de tout ce qui a changé dans notre société depuis les années de création de notre Etat-providence. Car celui-ci est devenu largement obsolète.

Nous voyons bien que dans la dernière période, les inégalités en France se sont à nouveau creusées : montée du chômage, de l’exclusion, de la précarité sans que notre système de protection sociale arrive à les résorber.

Il nous faut donc nous réinterroger sur les causes de ces nouvelles inégalités et mettre en place les dispositifs permettant de les résorber.

Il y a bien sûr au premier plan dans notre pays un problème de partage de la richesse. On ne peut que constater que les politiques en cours se traduisent à la fois par une aggravation de la charge fiscale réelle sur les ménages et en même temps par un report de charges sans précédent sur les générations futures. Nous aurons à redéfinir des propositions qui réintroduisent une réelle solidarité entre les différentes composantes du corps social.

Mais plus globalement c’est tout notre régime de protection sociale qu’il nous faut réexaminer.
Le chômage d’aujourd’hui ne correspond plus au chômage des Trente Glorieuses où la règle était l’emploi à vie dans la même entreprise et où il s’agissait d’assurer une protection aux marges dans une société de la stabilité. L’entreprise d’aujourd’hui a changé : elle n’a plus la même visibilité dans le temps, elle doit s’adapter aux variations de la demande, elle doit faire preuve de flexibilité. Les nouveaux salariés savent qu’ils ont de moins en moins de chances de réaliser l’ensemble de leur carrière professionnelle dans une même entreprise, qu’il leur faudra en changer voir même se réorienter dans d’autres domaines d’activité. Il faut qu’entre deux périodes d’activité ils puissent bénéficier d’une sécurité personnelle qui leur garantisse un maintien quasi-total de leur revenu pour suivre la formation qui leur permettra d’assurer leur reconversion.
Un certain nombre de pays (Danemark par exemple) ont choisi des régimes combinant une forte protection des salariés temporairement sans emploi tout en garantissant à l’entreprise une forte capacité de flexibilité.
Les pays qui ont adopté ces politiques de flexi-sécurité sont aussi des pays où le chômage est le plus bas. Les socialistes pourraient avoir quelque intérêt à regarder cet exemple de près.

Mais le chômage aujourd’hui n’est pas qu’un problème lié à la seule entreprise. Il résulte d’une crise bien plus profonde de notre société. Le chômage n’est en effet pas uniforme dans tous nos territoires, il se concentre essentiellement dans ce qu’on appelle les « quartiers en difficultés ou les communes en difficulté» où il dépasse souvent les 20%.

Il est donc intimement lié aux inégalités sociales qui marquent notre pays et s’inscrivent géographiquement dans nos territoires.

Nous connaissons la situation de nos quartiers des années 60 devenus de véritables territoires de relégation. Nous avons tenté d’y mener dans le passé des politiques qui s’inscrivent dans la seule problématique de ces quartiers, elles ont échoué. C’est donc que la question était ailleurs : dans une paupérisation, une marginalisation et une forme de ghettoïsation croissante. C’est, en effet, à partir de là que s’enclenche la spirale de l’échec et de l’exclusion.

C’est donc à une véritable politique de recomposition sociale de nos villes qu’il faut nous attaquer de manière à casser un phénomène inégalitaire qui commence dès l’école primaire, là où les enfants des quartiers défavorisés ont évidemment beaucoup moins de chance de réussir que les enfants fréquentant les écoles de la ville-centre.
Or leur échec est un échec pour notre pays dans son ensemble. Notre seule ressource, en effet, est la ressource humaine. Il n’est pas supportable que tant de jeunes sortent chaque année du système scolaire sans formation et sans diplôme. C’est un gâchis tragique. A quand une orientation pertinente ? Il n’est pas supportable que l’injustice perdure pour qui veut sortir de son milieu et de son lieu d’origine. La difficulté pour les jeunes des milieux les plus défavorisés pour trouver leur voie doit être surmontée. Pour cela un accompagnement des jeunes en difficulté scolaire devrait être mis en place, jusqu’au rattrapage en milieu normal. Les écoles de la deuxième chance devront être implantées partout où c’est nécessaire avec leurs méthodes individualisées. L’usage de l’alternance et l’acquisition de comportements sociaux destinés à aider leur parcours devrait être généralisé.
Certes une telle politique sera coûteuse. C’est la raison pour laquelle il faut faire des économies sur le train de vie de l’Etat, la multiplicité et la lourdeur des administrations, le maquis des procédures.
Mais ce n’est pas en supprimant des postes dans l’Education nationale que le problème du déficit sera réglé, on creusera seulement, faute d’un encadrement – qui devra bien sûr être évalué – un peu plus le fossé avec des jeunes mal orientés, mal intégrés à la société et dans de nombreux cas à sa charge.

Une action auprès des parents, parfois absents ou démissionnaires est indispensable. Mais, on l’a dit, le problème de fond est de changer la ville, de remettre de la mixité sociale dans nos centres ville ou leurs banlieues aisées et, en même temps, de susciter une nouvelle dynamique urbaine dans nos banlieues par des politiques qui amènent à la fois de nouvelles activités économiques et une diversification des populations. C’est comme cela, par de vraies politiques de mixité sociale, que nous enrayerons les phénomènes de l’échec scolaire, du chômage et de l’exclusion.
Première partie "Ce parti, nous l' aimons, nous voulons qu' il gagne !"
Seconde partie "Affronter la mondialisation"
Troisième partie "Réconcilier dynamique économique et progrès social"
Dernière partie "Différencier projet et programme"